Laird est venu dans le cadre du Oxbow Pro World Longboard d'Anglet début mai, pour une démonstrationde Stand Up Paddle Surfing.
Je n'ai pas trouvé de photos sur l'eau, mais une petite interview faite par un journaliste de "l'Humanité"...
« L’océan, c’est comme mon église »
Surf . L’Américain Laird Hamilton, icône de la discipline, est une sorte de prédicateur des ondes. Il était sur la côte basque, en vedette du Oxbow Pro, le championnat du monde de longboard. Rencontre.
Anglet, Pyrénées Atlantiques,
envoyé spécial.
La devise de Laird Hamilton, quarante-trois ans, icône vivante du surf (lire notre portrait ci-dessous) c’est « Keep it moving », « Restez en mouvement » en français dans le texte. On a quand même réussi à le « coincer » un long moment pour cet entretien.
Qu’est-ce qui vous pousse encore, la quarantaine passée, à vous lever le matin et à aller surfer au lieu de rester à la maison ?
Laird Hamilton. L’océan est un peu comme mon église, ma chapelle à ciel ouvert. Je purifie mon corps et mon âme en allant à sa rencontre. Si je n’y vais pas, je ne me sens pas bien. Quand je suis en voyage loin de l’océan, après une semaine ma peau commence à sécher et il me faut du coup prendre trois douches par jour (rires). J’aime l’océan par-dessus tout.
Justement à l’heure où l’on parle de réchauffement planétaire, de la montée du niveau des océans. Quels sont vos engagements écologiques ?
Laird Hamilton. Pour tout vous dire, je ne suis pas un grand fan de la branche américaine de la Surf Rider Foundation (une association de surfeurs pour protéger l’océan - NDLR). Ils agissent comme des activistes à la Greenpeace en montant des actions spectaculaires. Mais concrètement au jour le jour, ils ne font pas grand-chose. Ma façon à moi d’agir est de parler de l’océan, d’amener les gens à lui. Je pense que quelqu’un qui découvre le surf et qui une fois à l’eau s’aperçoit qu’il évolue au milieu des sacs plastique sera plus à même d’agir par la suite. C’est parce qu’il va apprendre à l’aimer, qu’il le préservera.
Vous pratiquez de nombreuses disciplines sportives. Il y a-t-il d’autres sports qui vous intéressent ?
Laird Hamilton. J’aime beaucoup pratiquer le vélo sur route ou le VTT. À cause de la vitesse. Tu peux voir beaucoup de choses en roulant, découvrir de beaux endroits. Quand tu pédales, tu as une bonne concentration, tu es dans un bon rythme, c’est intense. J’ai beaucoup d’amis sportifs qui ne viennent pas de mon milieu. C’est une question d’affinité dans l’approche du sport. Beaucoup de surfeurs n’aiment pas s’entraîner dur. Moi j’aime cela, car c’est la base d’une bonne pratique.
Pensez-vous avoir un mê- me rapport au surf, qu’un Kelly Slater qui au contraire de vous participe à des compétitions ?
Laird Hamilton. Entre nous, il y a une différence énorme. L’idée de succès ou d’échec selon les résultats m’importe peu. Avoir gagné, avoir battu un adversaire, est-ce le plus important ou est-ce le plaisir d’avoir réalisé ce que l’on avait à faire qui est important ? Moi je suis satisfait si j’ai pris une bonne vague, si j’ai fait du mieux que je pouvais. Parfois cela m’arrive de sortir de l’eau mécontent, parce que j’ai raté une belle vague et qu’il n’y en aura pas deux comme elle. Je peux aussi être déçu parce que je me suis fait mal - il rit et montre deux cicatrices au bas du visage, souvenir du nez de sa planche qui, un jour l’a transpercé de part en part au large de la plage d’Ho’okipa sur l’île d’Hawaï.
Aujourd’hui, la mode est à celui qui surfera la plus grosse vague. N’est-ce pas une course au n’importe quoi ?
Laird Hamilton. Je pense que ce concept est mauvais dans le sens où seule cette quête devient importante. Elle dicte toute la notion d’accomplissement pour le surfeur. Pour moi surfer une grosse vague n’est pas primordial. Ce qui l’est, c’est de surfer toutes les vagues. On dirait que c’est devenu le jackpot. Je préfère surfer 20 vagues de 10 mètres plutôt qu’une seule de 20 mètres si j’ai de la chance. Cette mode est vraiment dangereuse car elle pousse le surfeur à aller au-delà de ses limites juste pour être sur la photo et décrocher une prime ou un sponsor. Si un accident survient un jour, je ne me gênerais pas pour dire que ce sont les marques qui ont poussé à cela. Elles sont fautives. Toutes ces incitations à l’exploit sont là pour faire de l’argent.
Après avoir été l’un des pionniers du kite-surf, avoir mis au point le tow-in (surf tracté par un jet-ski pour les grosses vagues), avoir adapté une dérive sur une planche de surf, quelles sont vos prochaines inventions ?
Laird Hamilton. C’est secret (rires) ! Mais j’aimerais beaucoup développer l’activité que je pratique en ce moment : le stand up paddle !
Qu’est-ce que c’est ?
Laird Hamilton. Une planche de longboard aménagée, plus lourde, plus stable. Vous naviguez dessus debout et avancez à l’aide d’une rame. N’importe qui peut pratiquer. On peut bien sûr surfer des vagues, mais aussi se promener. Pas besoin d’être un spécialiste. En rivière, sur un lac ou en mer, tout est possible.
Vous vivez depuis des années en face de Jaws, la vague mythique de l’île de Maui, n’est-ce pas un peu ennuyeux à la fin ?
Laird Hamilton. Quand cela le deviendra, il sera vraiment temps pour moi de raccrocher mes planches, mais je ne pense pas que cela arrivera un jour. Le soir, même vieux, j’irai avec ma petite voiture électrique pour aller la regarder.
Entretien réalisé par Éric Serres et publié le 7 mai 2007
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